Commerce
Point de vue de Jérôme Le Grelle, Convergences-CVL

Pourquoi avoir peur du drive ?

Le gouvernement envisage de soumettre les drives aux CDAC, comblant un vide juridique pour empêcher la prolifération incontrôlée de surfaces de vente déguisées. Quelque peu archaïque, cette position semble ignorer que, à l’ère digitale, l’avenir de la distribution se joue sur de tout nouveaux défis, principalement deux :

1) Mettre en synergie des canaux de vente complémentaires, schématiquement le réseau de magasins et l’e-commerce. Fait contre-intuitif, attesté par plus d’une enseigne, les ventes sur internet sont plus fortes au voisinage des magasins. Synergie il y a donc bien, encore faut-il l’organiser, et elles s’y emploient. Le drive relève évidemment de cette stratégie.

2) Aller chercher le consommateur là où il se trouve. Fini le temps où il suffisait au commerce de faire masse en se regroupant pour attirer le chaland. Désormais, il faut aller à lui, et c’est une véritable révolution culturelle pour les enseignes. On voit la Fnac décliner ses formats et réduire ses surfaces pour aller jusque dans les gares. On voit Darty, La Grande Récré, Décathlon, Monoprix et d’autres s’allier avec Total pour s’implanter autour des stations-service. Quant au drive, il fait indiscutablement partie de la panoplie des outils de captage de flux existants.

Certains élus ont vu le parti qu’ils pouvaient en tirer : le maire de Chartres projette d’en implanter un dans le parking de la gare. Une idée maligne qui facilitera la vie des voyageurs quotidiens (nombreux dans cette ville à une heure de Paris), confortera un pôle de service et devrait aussi valoriser une propriété foncière publique. Ailleurs, le drive pourra être au cœur de projets de revitalisation de quartiers, de maillage de zones rurales, de reconversion d’entrées de ville…

N’ayons pas peur du drive, il ne manque pas d’effets vertueux. Aux villes d’imaginer ce qu’il peut faire pour elles, les enseignes ne manqueront pas de regarder le sujet de très près.